SIMA XIANGRU


SIMA XIANGRU
SIMA XIANGRU

Sima Xiangru est un des grands noms de la littérature chinoise. Les Chinois en parlent avec un sourire, car sa vie, marquée par une aventure assez unique dans l’histoire du pays, est aussi célèbre que son œuvre.

Bien qu’à travers les siècles de l’histoire chinoise postérieure nombre d’auteurs aient critiqué les exagérations des fu de Sima Xiangru, son nom est resté pour beaucoup d’autres, et même parfois pour les mêmes, l’équivalent de poète, comme on appelle un chasseur un Nemrod. C’est dire à nouveau la place qu’il tient dans l’histoire littéraire de la Chine.

Un non-conformiste

Sima Xiangru est né aux confins de la Chine de l’Ouest. La fortune de sa famille lui permit d’entrer dans le corps des gentilshommes de la cour impériale. Mais son indépendance d’esprit et son goût pour la littérature lui firent bientôt quitter ce poste pour se joindre à un petit groupe de lettrés qu’avait réunis un généreux mécène, le roi de Liang, dans la Chine de l’Est. C’est là qu’il commença son œuvre littéraire et devint peu à peu célèbre. Quelques années plus tard, alors que le poète avait environ trente-cinq ans, le roi de Liang mourait et Sima Xiangru, démuni de toutes ressources, regagnait son pays natal. Invité par les hommes riches de sa région, il réussissait chez l’un d’eux à séduire par ses talents musicaux la fille de son hôte, Zhuo Wenjun, veuve depuis peu de temps. Et, la nuit même, la jeune femme allait se donner à son séducteur. C’était un scandale: un mariage sans l’autorisation des parents et sans les rites consacrés, en même temps que le remariage d’une veuve. Le père, furieux, déshérita sa fille, mais le jeune couple s’installa comme cabaretiers sur le marché de la ville et le père, toute honte bue, dut leur donner une part d’héritage qui faisait d’eux des gens riches. Cette histoire, demeurée célèbre, sera le sujet, bien des siècles plus tard, de plusieurs pièces de théâtre. Quelques années après ces événements, un nouvel empereur, Wudi, féru de littérature, avait eu l’occasion de lire un des premiers poèmes de Sima Xiangru, qu’il croyait mort. Quand il apprit par hasard qu’il était en vie, il l’appela à sa cour et le poète composa pour lui plusieurs des œuvres qui l’ont rendu illustre. Sima Xiangru joua aussi un rôle politique important dans l’extension de l’Empire chinois vers les contrées barbares du Sud-Ouest. La légende lui prête une aventure devenue, elle aussi, célèbre: sur la fin de sa vie, Sima Xiangru se détacha de sa vieille compagne et voulut épouser une jeune fille du pays où il s’était retiré; Zhuo Wenjun aurait alors composé une Complainte des cheveux blancs qui lui fit abandonner son projet.

Poète et courtisan

Les œuvres attribuées à Sima Xiangru que l’on peut considérer comme authentiques, qu’elles soient en prose ou dans cette forme mi-prosaïque mi-versifiée qu’on appelle le fu , sont tout entières contenues dans le Shi ji de Sima Qian, composé quelques dizaines d’années après la mort du poète. Il est certain cependant qu’on se trouve devant un choix de textes, de ceux qui ont paru à son premier biographe refléter le mieux la personnalité d’un écrivain dont la réputation fut très grande de son vivant.

On y découvre quatre textes en prose, écrits dans une langue à la fois simple et noble, sans recherche autre que celle d’une certaine cadence oratoire (que la langue chinoise écrite comporte naturellement). Qu’ils soient adressés à l’empereur ou à ses sujets appelés au service de la grandeur chinoise, c’est-à-dire à participer à l’œuvre d’extension de l’Empire vers le sud-ouest, ces textes sont d’inspiration nettement confucéenne. Il s’agit de rappeler à l’un et aux autres leurs devoirs de prince et de sujets. Le Traité sur les sacrifices feng et shan est spécialement intéressant. Par sa forme tout d’abord, car il contient toute une partie en tétramètres réguliers, qui rappellent la poésie la plus ancienne, celle du Shi jing , dont la prosodie était alors presque entièrement tombée en désuétude; par son sujet aussi, car c’est un hymne magnifique à la gloire de l’empereur. Hymne d’un courtisan bien entendu, mais aussi d’un homme qui avait le vif sentiment de la grandeur d’un règne qui fut parmi les plus éclatants de l’histoire de la Chine.

Les fu de Sima Xiangru sont la partie de son œuvre qui est la plus réputée, malgré leur extrême difficulté. Dans l’article sur le fu

(cf. FU), on peut voir comment Sima Xiangru fut l’initiateur de ce genre; il en fut aussi le maître, bien qu’il ne reste de lui que trois fu , l’un cependant ayant été composé à partir d’une œuvre antérieure, écrite à la cour du roi de Liang, à laquelle fut ajoutée une seconde partie pour faire de l’ensemble un long poème à la gloire des chasses et des palais de l’empereur. Le cadre du poème est constitué par une discussion entre trois personnages: les deux premiers représentent des royaumes de la Chine ancienne et le troisième l’empereur; chacun de ces personnages porte un nom tel que «monsieur Imaginaire», etc., indiquant que le poème ne cherche pas à se limiter à la réalité; bien entendu, c’est le représentant de l’empereur qui fera le discours le plus extravagant, pour manifester la supériorité de son maître. À l’intérieur d’un ensemble en prose, chaque discours est composé d’un poème ou d’une série de poèmes. Les poèmes forment une description ou une narration qui veut être classificatoire plutôt que soucieuse de réalisme. Mais l’irréalisme se révèle plus encore dans le choix d’un vocabulaire plein de recherche, où le poète montre ses talents de lexicographe et surtout son sens de la musicalité de la phrase, par l’abondance d’un vocabulaire plein d’allitérations ou de rimes intérieures. La beauté de cette langue, qu’il nous est évidemment difficile d’apprécier, semble avoir exercé une sorte d’envoûtement, comme en témoignent les éloges qu’on en lit dans les textes anciens et les nombreuses imitations qui en furent faites. Malgré les critiques des dépenses exagérées de l’empereur, sur quoi se termine le Fu de la chasse impériale pour donner une note confucéenne après des discours qui étaient loin du «juste milieu» confucéen, cette poésie relève nettement de la littérature de courtisan. Le Fu du surhomme , poème inspiré des Chu ci sur la randonnée mystique dans le monde des phénomènes météorologiques et des séjours des divinités, est plus encore un dithyrambe en l’honneur de l’empereur, puisque ce surhomme est l’empereur lui-même. C’est aussi pour Sima Xiangru l’occasion d’une recherche de la musicalité du vocabulaire plus sensible encore que dans le Fu de la chasse impériale .

Encyclopédie Universelle. 2012.

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